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Les européistes contre la démocratie : répression contre les patriotes polonais

Tous les lundis matin, vous pouvez retrouver Raphaël Audouard, le directeur de la Fondation Identité et Démocratie, dans Ligne Droite, la matinale de Radio Courtoisie puis sa chronique sur notre site internet. Cette semaine, nous nous penchons sur la reprise en main des médias publics polonais par le nouveau gouvernement libéral.

Regardez la vidéo :

Les dernières élections en Pologne avaient vu la victoire des partis pro-européens. Est-ce que vous pouvez nous rappeler le contexte ?

Pendant huit ans, la Pologne était dirigée par un parti patriote, le PiS ou Droit et Justice, qui a mené une politique sociale, avec notamment une réduction de l’âge de départ à la retraite, conservatrice, inspirée par les valeurs catholiques, souverainiste, en réaffirmant entre autres la supériorité du droit polonais sur le droit européen, et identitaire, en refusant l’immigration de masse. Social, conservateur, souverainiste et patriote, le PiS représentait tout ce que Bruxelles déteste. Mais aux élections d’octobre dernier, les partis pro-européens ont remporté la victoire avec la formation d’une vaste coalition de partis allant de la gauche radicale à la droite soi-disant conservatrice et dont le seul point commun est l’alignement sur les politiques de Bruxelles. Le nouveau gouvernement pro-européen en Pologne cherche à imposer au plus vite les politiques de Bruxelles.

Quelles sont les politiques mises en place par le nouveau gouvernement ?

Ce gouvernement avait été élu sur une promesse d’apaisement. Face au PiS qui incarnait le clivage, la radicalité, le populisme, l’extrémisme, la coalition pro-européenne était censée représenter le retour à la normale, à l’apaisement. Et pourtant, ce nouveau gouvernement cherche à détricoter tout ce que le PiS a mis en place. Il cherche à réaligner la Pologne sur Bruxelles, il a fait des déclarations favorables à l’immigration et surtout, il a annoncé une série de mesures très progressistes avec la légalisation de la pilule du lendemain, de l’avortement et de l’union civile pour les homosexuels. Évidemment, en France, ces mesures ne sont pas clivantes, mais la Pologne est un pays très conservateur et très catholique et une partie importante de la population est choquée par ces mesures qui sont diamétralement opposées aux politiques du PiS pendant huit ans. Enfin, le vocabulaire du gouvernement est très violent à l’égard du PiS. Ainsi, il n’a pas hésité à parler de « conjurer le diable du PiS ». Ils sont ainsi dans la même logique d’affrontement et de clivage que leurs adversaires patriotes. Mais au-delà des politiques votées, c’est la « dépolitisation des médias » mise en place par le gouvernement du nouveau Premier ministre libéral Donald Tusk qui est le plus inquiétant pour la démocratie en Pologne.

Pourquoi cette question des médias est-elle si sensible en Pologne ?

Pendant huit ans, le PiS a cherché à diffuser sa vision du monde patriotique et conservatrice via les médias publics. Bruxelles a dénoncé cette volonté en accusant le PiS de vouloir contrôler la presse. Néanmoins, il ne faut pas oublier que les médias privés polonais sont très largement progressistes, libéraux et pro-européens. Cette orientation plus conservatrice des médias publics visait notamment à contrebalancer l’influence des médias privés. Par ailleurs, des phénomènes similaires d’alignement des médias publics sur les politiques libérales et progressistes des gouvernements se retrouvent en Europe de l’Ouest, y compris en France, sans que Bruxelles ne condamne quoi que ce soit. Bruxelles en ne dénonçant pas la situation que dans les pays patriotes, comme la Pologne ou la Hongrie, cherche uniquement à affaiblir les gouvernements qui refusent de s’aligner sur ses politiques. Et le gouvernent libéral polonais prend prétexte de ces accusations de Bruxelles pour reprendre en main les médias sous couvert de « dépolitisation ».

Et en quoi consiste cette « dépolitisation » ?

Cela a commencé par le limogeage des dirigeants des chaînes de télévision publiques et d’un certain nombre de journalistes et le recrutement de dirigeants et journalistes progressistes. Cela est allé très loin puisque pendant plusieurs jours, la télévision publique a dû cesser d’émettre. Nous avons donc bien assisté à une reprise en main libérale et progressiste de la télévision publique, très loin d’une « dépolitisation ». Nous avons ainsi pu voir un de ces nouveaux journalistes s’excuser auprès de la communauté LGBT pour la façon dont le gouvernement et les médias l’avaient traité à l’époque du PiS. Là encore, on peut être d’accord ou non avec le fond de cette déclaration, mais nous très loin d’une volonté de rendre les médias plus neutres. On voit bien là que l’objectif est de diffuser la vision libérale, progressiste et pro-européenne du nouveau gouvernement polonais dans les médias publics. Et au vu de l’alignement des médias privés sur cette même vision, on peut s’inquiéter pour l’état du débat public en Pologne dans les années à venir.

Quelle a été la réaction de l’UE face à ces mesures ?

L’Union européenne soutient ces mesures et le nouveau gouvernement et vient de débloquer 137 milliards d’euros pour la Pologne pour soutenir ce « retour à la démocratie » en Pologne. Au-delà du cas polonais, l’objectif est de faire un chantage aux peuples européens : si vous vous soumettez, Bruxelles vous financera.

Et comment le peuple polonais réagit à ces mesures ?

Le peuple polonais est très divisé. La Pologne connaît une déchristianisation rapide et des mesures qui faisaient consensus il y a encore quelques années sont maintenant beaucoup plus clivantes. En 10 ans, 20% des catholiques ont quitté l’Église. En deux ans, 1 catholique pratiquant sur 4 a cessé d’aller à la messe, ils sont désormais moins de 30%. Et ce chiffre est encore plus faible chez les jeunes. Par ailleurs, les cartes de ce phénomène recoupent les cartes de l’opposition PiS / Libéraux. Le fait que les conservateurs et les nationalistes ne représentaient qu’un tiers des voix chez les jeunes lors des dernières élections en est le signe. La Pologne est en train de sortir de la religion. On retrouve donc un clivage assez classique entre Pologne périphérique populaire et conservatrice et Pologne urbaine progressiste. Lors des dernières élections, les conservateurs réalisaient 15% chez les 18-29 ans, mais 53% chez les plus de 60%. Ils ont fait 64% chez les sans diplômes, mais 23% chez les diplômés du supérieur. 49% dans les zones rurales, mais seulement 22% dans les villes. Ils ont fait 67% chez les paysans et 50% chez les ouvriers, mais seulement 19% chez les cadres et 12% chez les étudiants. En bref, le vote conservateur est composé de personnes âgées, des campagnes, des classes populaires tandis que les libéraux récupèrent les jeunes, les diplômés et les urbains. Enfin, un dernier clivage, très spécifique à la Pologne, subsiste. En effet, la carte électorale continue de recouper les réalités historiques. L’Est qui fut longtemps sous domination de l’Empire russe vote conservateur tandis que l’Ouest anciennement allemand vote libéral. Au final, les affrontements actuels témoignent du fait qu’en Pologne, le consensus national-conservateur et catholique a cédé la place à un clivage libéraux/patriotes commun à de plus en plus de pays d’Europe.

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